Une marque forte – la base du succès de vente Pourquoi la gestion des marques et le marketing de performance vont de pair
Clics, conversions, leads rapides: le marketing de performance donne actuellement le ton. Mais que se passera-t-il une fois la campagne terminée? Pour vraiment vendre, il faut avoir la confiance du groupe cible – et celle-ci naît d’une marque forte. Découvrez pourquoi le branding systématique reste un investissement rentable.
De nombreux professionnels du marketing ne peuvent plus entendre ce reproche – que la publicité ne fait que coûter de l’argent et n’a aucun effet. Le marketing de performance leur convient parfaitement. Il permet enfin aux équipes de marketing de montrer aux sceptiques internes des faits concrets sur le succès de la publicité: sous forme d’impressions, de clics, de conversions et d’autres KPI.
Ce sont surtout les grandes plateformes comme Google et consorts, avec leurs systèmes de reportings détaillés, qui suggèrent que la publicité avec des résultats directement mesurables est une publicité efficace. La question de savoir dans quelle mesure les KPI relevés sont effectivement pertinents pour la vente, voire pour le succès à long terme, est reléguée au second plan.
Dans cet environnement axé sur les données et orienté vers le court terme, le branding ne peut apparemment pas rivaliser avec le marketing de performance. En effet, les mesures de gestion des marques ont un effet à long terme, ce qui complique un contrôle direct des résultats. Conséquence: de nombreuses entreprises ont transféré des ressources de la gestion des marques vers le marketing de performance.
Stratégie Performance Only risquée
Si les entreprises misent de manière trop unilatérale sur le marketing de performance et réduisent le branding, elles prennent toutefois des risques élevés. «Si l’on néglige la communication de marque au profit d’une maximisation des bénéfices à court terme, on est tôt ou tard sanctionné pour cela, car les consommatrices et consommateurs optent en premier lieu pour des marques qui leur sont familières, et pas uniquement pour des offres», explique Michel Noverraz, responsable Gestion des marques de la Poste.
Une stratégie Performance-only comporte les risques suivants:
- La portée et l’attention ne déclenchent pas automatiquement l’action souhaitée. Étant donné que les décisions d’achat sont principalement prises sur le plan émotionnel, la confiance dans la marque fait défaut en cas d’absence de gestion de la marque.
- La communication ne transmet aucune valeur de la marque et devient interchangeable. Cela augmente la disposition au changement de la clientèle existante, comme le montre l’étude internationale «Meaningful Brands 2025» menée par Havas. Elle en conclut que les consommatrices et consommateurs font actuellement preuve d’un comportement d’achat particulièrement flexible et se tournent vers des marques qui correspondent mieux à leurs valeurs. Ainsi, 45% des personnes interrogées déclarent ne plus acheter de produits de marques qui ne partagent pas les mêmes points de vue et valeurs qu’elles.
- Les entreprises qui ne se différencient pas par les valeurs et l’image de leur marque doivent conquérir leur groupe cible en pratiquant des prix bas, ce qui, du fait de la forte concurrence, les entraîne facilement dans une spirale de prix revus à la baisse.
- Une stratégie Performance-Only peut même avoir un impact négatif sur la perception de la marque: «Lorsque la publicité axée sur la vente est la seule interaction que les consommatrices et consommateurs ont avec la marque, toute émotion est négligée», explique Gordon Nemitz, directeur Stratégie et copropriétaire de l’agence thjnk Zurich. «Cet effet négatif sur la marque n’étant toutefois pas suivi dans le marketing de performance, il est donc occulté.»
La gestion des marques de nouveau en haut de la liste des tâches
De nombreux responsables marketing sont désormais conscients de ces risques liés à une focalisation unilatérale sur le marketing de performance. C’est du moins ce que permet de conclure l’étude «State of Marketing Europe 2026» de McKinsey. Pour cela, 500 CMO d’entreprises européennes ont évalué 20 tâches et thèmes de marketing en fonction de leur importance actuelle. Le branding s’est hissé à la première place. Les auteurs de l’étude expliquent que cette tâche est actuellement la priorité absolue: «Les responsables marketing considèrent la capacité du branding à développer des critères de différenciation, à transmettre une promesse de valeur claire et à faire preuve de créativité comme décisive pour créer des avantages concurrentiels.» La force de la marque s’est donc hissée en tête de liste des choses à faire pour les équipes de marketing.
Mais Gordon Nemitz ne veut pas parler d’un changement de mentalité, «car la gestion des marques n’a jamais vraiment été un thème absent». Au contraire, avec l’émergence des médias numériques est apparu un réflexe compréhensible consistant à utiliser intensivement les nouvelles possibilités pour vendre plus rapidement. «Entre-temps, il s’agit de plus en plus de transposer également la gestion des marques dans le monde numérique et de développer les marques davantage via ces canaux.»
Différenciation
Avec sa promesse, ses valeurs et son image, la marque distingue l’entreprise de ses concurrents. Elle fait en sorte que le groupe cible perçoive plus fortement l’entreprise et ses produits et fasse des associations claires. La marque fournit au groupe cible des raisons rationnelles et émotionnelles de choisir sciemment ce prestataire. «Seule la marque donne du contenu et du sens au produit au-delà de son utilité», explique Michel Noverraz de la Poste.
Orientation
Dans un monde de la consommation où pullulent de plus en plus de prestataires et de produits, en particulier dans l’e-commerce, les marques permettent aux consommatrices et consommateurs de prendre des décisions d’achat plus rapidement et avec moins de risques. Selon Michel Noverraz, la tâche principale d’une marque consiste donc à «atteindre une forte disponibilité mentale afin qu’elle offre une orientation dans la recherche d’informations et soit considérée comme le premier choix lors des décisions d’achat».
Confiance
Les expériences avec les marques permettent aux consommatrices et consommateurs de mieux évaluer ce qu’ils doivent attendre des entreprises correspondantes et de leurs produits. Cette confiance augmente à chaque nouvelle expérience positive. Cela crée de la sécurité, un besoin essentiel des personnes, en particulier en cette période de crises multiples.
Présentation du groupe cible
Les marques permettent aux consommatrices et consommateurs d’influencer la perception que les autres ont d’eux. En effet, les marques reflètent notre propre situation de vie et nos valeurs personnelles.
Pourquoi vaut-il la peine d’investir dans le positionnement de la marque?
Une gestion ciblée de la marque permet aux personnes du groupe cible non seulement de connaître la marque, mais aussi de créer progressivement un lien avec celle-ci. L’étude «State of Marketing Europe 2026» déjà évoquée montre qu’il est judicieux de se concentrer sur le branding, en particulier en période d’incertitude économique. Selon les auteurs, le souhait de stabilité et d’appartenance attire les consommatrices et consommateurs vers des marques fortes et fiables qui favorisent la confiance et l’attachement.
À cela s’ajoute le fait que les clientes et les clients fidèles regardent souvent de moins près le prix. De nombreuses marques fortes peuvent donc suivre une stratégie premium en matière de pricing et réaliser des marges bénéficiaire plus élevées. «Souvent, ce ne sont pas les faits concrets sur les produits qui incitent les consommatrices et consommateurs à payer plus cher, mais la relation avec la marque», explique Marco Casanova, professeur de gestion des marques et de la réputation à la Haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse (FHNW).
Les investissements dans le branding sont rentables pour deux autres raisons:
- Plus de succès dans le marketing tactique: l’étude «The Awareness Advantage» de TikTok et du tracksuit de 2024 montre que la notoriété de la marque et le succès dans le marketing de performance sont fortement corrélés. Par exemple, selon l’étude, une marque avec une notoriété soutenue de 40% est 43% plus efficace pour augmenter le taux de conversion dans le marketing tactique qu’une marque avec une notoriété de 30%. Les auteures et les auteurs de l’étude recommandent donc de regrouper les forces du branding et du marketing de performance au lieu d’évaluer leurs résultats de manière isolée.
- Plus de croissance: une étude de la renommée «Harvard Business Review» de 2023 a analysé la performance d’environ 4000 marques. Le résultat le plus important: les marques fortes enregistrent une croissance plus importante pour des valeurs décisives comme le chiffre d’affaires, le cours des actions et le retour sur investissement pour les actionnaires. Si, par exemple, la valeur de la marque augmente de 4%, le chiffre d’affaires annuel augmente de manière disproportionnée, à savoir de 1% de plus que sans la valeur de marque plus élevée.
- Unique: le groupe cible perçoit la marque différemment de la marque des concurrents. L’image de marque est unique.
- Compréhensible: les valeurs de la marque, la personnalité de la marque et le positionnement sont clairs, tant pour le groupe cible que pour les collaborateurs.
- Pertinente: la marque répond aux besoins du groupe cible. Il ne s’agit pas seulement de résoudre des problèmes quotidiens, de simplifier la vie ou d’économiser des ressources comme le temps et l’argent. Les consommatrices et consommateurs attendent également des marques un engagement dans des domaines qui leur tiennent à cœur.
- Présente: la visibilité de la marque est tellement forte aux points de contact pertinents que le groupe cible la perçoit.
- Cohérente: la marque communique la même promesse de marque et les mêmes messages à tous les points de contact. En outre, elle utilise toujours les mêmes attributs visuels de la marque. Cela garantit une valeur de reconnaissance élevée.
- Fiable: l’entreprise tient ses promesses de marque avec une grande constance.
- Authentique: l’entreprise incarne les valeurs de la marque de manière crédible – dans les pratiques commerciales, la fourniture de prestations et tous les contacts avec le groupe cible.
- Attractive: la marque a créé un univers de marque dans lequel elle attire le groupe cible avec des histoires pleines d’émotions. Cela crée un lien particulier et même souvent un engagement pour la marque.
- Flexible: bien que la marque s’en tienne systématiquement au cœur de sa marque, elle est en mesure de s’adapter aux changements dans l’air du temps, aux besoins de la clientèle et au comportement.
Concilier marketing de performance et branding
Les résultats de l’étude peuvent être résumés ainsi: le branding stratégique à long terme et le marketing axé sur la vente et efficace à court terme ne sont pas des rivaux, mais de meilleurs amis. «La marque va chercher le groupe cible dans la partie supérieure de l’entonnoir de vente et le fait avancer dans le processus de vente», explique Gordon Nemitz de thjnk Zurich. «En effet, une marque forte a tellement de force qu’elle raconte son histoire tout au long de l’entonnoir. Dans ce cas, le marketing de performance n’a plus qu’à placer le déclencheur décisif dans la partie inférieure de l’entonnoir, par exemple par le biais d’une offre attrayante.»
Dans cette interaction, la tâche principale de la marque, selon Michel Noverraz, est de donner une orientation à la clientèle et de simplifier ainsi le processus de décision d’achat: «Pour que la marque puisse remplir cette fonction, les responsables de marque doivent également mettre l’accent, en matière de communication, sur son caractère unique et sur la manière dont elle se démarque de la concurrence. En se concentrant clairement sur ces aspects, la marque gagne en familiarité, ce qui facilite la conversion au sein du marketing de performance – en complément de l’offre attrayante.»
Cet effet de la marque peut-il être mis en évidence? Pour Michel Noverraz, une chose est claire: à l’instar du marketing de performance, la gestion des marques devrait également se faire à l’aide de chiffres clés. «La première étape consiste à définir une hiérarchie de KPI et à adopter une perspective à long terme.» Selon l’expert en marques, différentes méthodes sont proposées pour mesurer l’impact:
- Suivi continu de la marque au moyen de sondages représentatifs afin d’interroger les associations, l’image non soutenue ou l’utilité perçue (profil de performance) de la marque
- Mesures avant-après pour les campagnes d’image
- Modèles d’attribution pour déterminer la part des différentes mesures de branding et de marketing dans le résultat global
Gestion des marques basée sur les données – faisable et judicieuse?
Dans le marketing de performance, il va de soi d’adapter les canaux aux habitudes des utilisatrices et utilisateurs, de personnaliser la publicité et d’intégrer la communauté dans la communication. Ces principes peuvent également être appliqués au branding. Depuis toujours, la gestion des marques consiste à créer des segments et à formuler les messages de la marque de manière adaptée. De même, aujourd’hui, le branding consiste à raconter l’histoire de la marque à ses fans et à les laisser participer à sa création.
Mais une hyper-personnalisation basée sur les données, souvent préconisée pour le marketing de performance, est-elle pertinente et réalisable pour la communication de marque? Oui, affirme Marco Casanova, de la Haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse: «Aujourd’hui, les marques peuvent entretenir une relation individualisée avec chaque personne. Grâce à l’empreinte numérique et à l’aide d’algorithmes, les messages de la marque peuvent être diffusés sur mesure. Les marques vont donc chercher les utilisatrices et les utilisateurs aux moments décisifs et aux bons endroits avec leurs contenus. C’est ainsi que la probabilité de déclencher l’action souhaitée est la plus élevée.»
Travail relationnel individuel nécessaire
Marco Casanova cite deux raisons pour lesquelles une telle personnalisation est nécessaire: «Premièrement, les consommatrices et consommateurs pondèrent différemment les valeurs et messages divers d’une marque. Deuxièmement, une marque exige aujourd’hui beaucoup de travail relationnel individuel, car aucune relation client n’est plus garantie. Autrement dit: les marques n’ont plus que des prospects – des clientes et clients potentiels qu’elles doivent sans cesse conquérir.»
Et comme l’IA joue ici un rôle de plus en plus prégnant, les marques n’auraient une chance à l’avenir que si elles optimisaient leurs contenus, leurs messages et leurs offres pour ce qu’on appelle la curation par algorithme: «C’est un mécanisme clé grâce auquel les marques deviennent visibles de manière organique dans des modèles d’IA comme ChatGPT, en se basant sur leur pertinence, leur qualité et leur présence dans l’espace numérique public. «Cette compétence clé gagne en importance dans la gestion de la marque et donc dans l’entretien des relations avec les parties prenantes concernées.»
Gordon Nemitz se prononce également en faveur d’un branding individualisé et basé sur les données, pour autant qu’il soit préparé soigneusement: «Il ne suffit pas d’analyser des données qui ont été générées au hasard quelque part. Au lieu de cela, les responsables des marques devraient réfléchir précisément aux points de données pertinents et définir des principes pour la collecte des données. Ensuite, il faut procéder à des mesures de référence pour les valeurs cibles et un suivi constant et étroit. Ce n’est que lorsque suffisamment de données ont été collectées et analysées systématiquement que la communication de marque individualisée peut commencer.»
«Le branding est avant tout destiné aux grandes entreprises et n’est pas une priorité élevée pour nous», se disent de nombreuses PME suisses. Une idée reçue, à en croire Chris Morgan. En tant que Creative Director de l’agence de branding Morgans, il accompagne les PME dans la gestion des marques. «De nombreuses PME misent sur le fait que leur qualité suffit à elle seule comme argument de vente.» Mais ce ne sont pas les meilleures qui survivent, mais les plus lucides.» C’est pourquoi il est clair pour le professionnel de la marque que le branding n’est pas un facteur de coûts pour les PME, mais leur multiplicateur.
Si un grand nombre de PME négligent la gestion ciblée des marques, pourquoi réussissent-elles malgré tout? «Les multiples petites entreprises gérées par leur propriétaire en Suisse pratiquent souvent inconsciemment un branding actif. «Chez elles, la ou le propriétaire est la marque qui représente les valeurs personnelles de la marque.» Chris Morgan estime donc qu’il est nécessaire d’agir en premier lieu auprès des PME qui ne se prêtent pas à ce branding de personnes, et en cas de changement de génération. «Lorsque la fondatrice ou le fondateur quitte l’entreprise, le positionnement clair de la PME disparaît souvent.» Dans ce cas, on observe souvent un activisme marketing selon la devise «Essayons quelque chose». Ce qu’il faudrait plutôt, c’est une gestion ciblée de la marque.»
Mais comment les PME peuvent-elles s’y prendre au mieux? Selon Chris Morgan, leur branding devrait reposer sur trois piliers:
- Des textes clairs plutôt que du blabla: pour être visibles, les PME, en particulier, doivent se présenter de manière authentique et unique. Pour cela, elles doivent se demander d’où elles viennent, ce qu’elles représentent, ce qui les caractérise et pourquoi la clientèle devrait les choisir elles – et non le concurrent moins cher. «Ce positionnement clair exige aussi le courage de polariser en tant que marque et de choisir de ne pas être là pour tout le monde.»
- Un engagement de la marque d’en haut: «La directrice ou le directeur doit se passionner pour la marque et ainsi contaminer les membres du personnel.»
- Une cohérence radicale: «Chaque fois que le groupe cible est en contact avec la marque, l’attitude, les messages et le ton doivent être identiques, sans exception.» Les PME y parviennent plus facilement que les grandes entreprises.